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Jour 4 - Les lièvres de M. Beaupré

 Tout le monde dit que c'est vraiment dur d'avoir un jardin à St-Jos.
 Si tu l'entoures pas d'un grillage hyper haut et solide, les animaux sauvages vont se faire tout un party... c'est ce qui arrive chaque année au jardin de maman derrière le chalet: y reste jamais grand-chose des carottes et des laitues après que les ratons-laveurs et les marmottes soient passés. Sans compter ses cèdres qui se font bouffer par les cerfs à chaque hiver, et la mangeoire d'oiseaux qui nourrit plutôt les écureuils et les petits suisses. 
La mère de Morin avait même acheté un doberman pour faire peur aux animaux qui rôdent autour de son jardin la nuit, mais son chien réveillait tout le village à force de japer, et une nuit il s'est fait mordre par une marmotte. Ça a coûté 300$ de vétérinaire. Après ça elle a décidé de transformer son jardin en terrain de pétanque.
Avec ses immenses champs, M. Beaupré sait bien que c'est impossible de tout protéger. Peu importe la hauteur de la clôture, y aura toujours un animal capable de se faire un chemin quelque part pour bouffer ses fèves, ses concombres et ses choux-fleurs (tant qu'à moi, ils pourraient bien se servir dans les choux de Bruxelles, ça dérangerait pas grand monde)...  Au moins, ses cultures plus importantes (ses épices et ses herbes rares) se trouvent dans une de ses serres, bien isolées et barrées dont la température est contrôlée été comme hiver.
L'an passé, on ne sait pas trop comment, un lièvre avait réussi à entrer toutes les nuits dans une serre et venir grignoter un peu de tout ce qu'il y avait de plus cher, avant de disparaitre au lever du soleil. 
Quand M. Beaupré l'a finalement découvert un matin, à moitié assomé par un pot de terre qu'il avait fait tomber, il était bien content de le faire cuire plutôt que de le remettre en liberté...
"Avec la quantité d'herbes rares que ce petit maudit-là avait mangé en deux semaines, sa viande était tellement tendre et goûteuse, je n'avais jamais rien mangé d'aussi bon!!"
C'est ce qu'on appelle un heureux malheur, parce que depuis ce temps-là, M. Beaupré tient un élevage de lièvres qu'il nourrit uniquement d'herbes rares et d'épices tropicales, et y parait que leur viande coûte une fortune dans les restaurants de Québec...