Blog Archive

Jour 1 - On arrive enfin à St-Jos!


Je pense que l’odeur qui représente le mieux le début des vacances à St-Jos, c’est pas pas celle du fleuve froid et salé, des algues chauffées par le soleil à marée basse, ni celle des pommiers en fleur, du romarin ou du gazon mouillé (comme dirait maman, qui a un nez super fin)… c’est plutôt celle des pneus qui sentent le brûlé quand papa freine tout le long en descendant la côte-de-la-misère.
Maman déteste cette odeur et doit se sortir la tête par la fenêtre comme un petit chien pour enlever son mal de cœur! Moi je suggère toujours à papa de lâcher les freins et de nous laisser descendre à toute vitesse jusqu’en bas pour arriver plus vite, mais maman m’a demandé de ne pas lui donner de mauvaises idées et qu’on n’est pas en train de faire de la crazy carpet.
 Je trouve que les dernières minutes avant d’arriver au chalet sont vraiment trop longues. Mais si je sais qu’on arrive bientôt, je suis pas mal certain que tout le village le sait aussi, juste par l’odeur de caoutchouc brûlé qu’on dégage et par la toune de Jean-Pierre Ferland que papa fait toujours jouer à tue-tête depuis qu’on a commencé à descendre la côte (ce qui doit pas aider le mal de cœur de maman.)


 Chaque fois, je regarde partout pour voir si rien n’a changé. Ça se peut, après 10 mois d’absence, tout peut arriver!
 Cette année y a des arbres qui sont tombés sous le poid de la neige (comme le toit de la grange de M.Gadbois l’an passé), y a un nouveau chalet qui est apparu à l’entrée du chemin Desgagnés et M. Landry n’a pas encore enlevé son abri tempo parce qu’il s’est cassé une jambe en déneigeant son toit…   j’ai aussi remarqué que le quai avait été repeint en rouge et qu’on avait ajouté des roches sur les deux côtés  pour l’empêcher de dériver et M. Gamache a fait rénover son balcon (sûrement trop usé à cause du temps qu’il passe à se bercer dessus). Des fois c’est des amis de notre âge qui sont partis. L’an passé, Vincent a déménagé à Grande-Rivière parce que son père s’était trouvé une job au centre de ski. (Ça m’avait fait quelque chose sur le coup, mais après je me suis souvenu que je l’aimais pas trop et que je l’avais toujours trouvé un peu épais.)

 En général, St-Jos ne change pas, c’est pas mal tout le temps pareil. ET C’EST PARFAIT COMME ÇA! On dirait qu’à chaque année, j’ai un peu la chienne de ne pas reconnaitre le village, de voir une nouvelle route, un nouveau chalet ou un centre d’achat dans les buttes. Papa me dit que St-Jos, c’est pas DisneyWorld, que c’est normal que les choses changent et évoluent, que c’est ça la vie!
Il dit ça mais au fond il est d’accord avec moi parce qu’il a déjà pété une coche quand il a vu le nouveau chalet hyper moderne se faire construire par un architecte de Montréal près de la plage du chantier maritime. « Je viens pas à la campagne pour voir les mêmes affaires laides qu’en ville… déjà que j’amène ta mère! »
 C’était pour rire, mais maman lui avait quand même donné un solide coup de sacoche en arrière de la tête.
 Au moins notre chalet, lui, ne change pas… toujours pareil, toujours le plus beau de tous les chalets du monde. « Notre coin de paradis! », comme dit Papa. Et c’est vrai!
Entouré de sapins et de bouleaux super hauts, on dirait qu’il est en plein milieu de la forêt, mais il est juste à l’entrée des buttes (le meilleur terrain de jeux de la planète, je vous en reparlerai souvent!). Il est aussi assez loin du quai pour ne pas entendre le bruit des voitures qui prennent le traversier et juste assez proche de la plage pour voir et sentir le fleuve et s’y rendre nu-pieds pour aller se baigner. Parfait!
 C’est sûr que beaucoup de mes amis de la ville trouveraient mon chalet pas mal petit. En ville on est habitués d’avoir des maisons immenses avec plusieurs pièces, des grandes chambres et des gros sous-sols pour jouer. Mais ici, on n’a pas besoin de tout ça, on passe tout notre temps dehors! (Sauf quand il pleut trop, on se retrouve toujours dans la grange de Fred à jouer à Monopoly).
 Mais je suis chanceux parce que ma chambre est presqu’aussi grande que celle de chez-nous en ville : j’ai un divan, un bureau et un grand lit avec un matelas super mou. J’ai aussi mon petit lavabo privé pour me brosser les dents et papa me dit qu’il manque juste un frigo pour pouvoir appeler ça un appartement (et commencer à me charger un loyer). Maman, elle, trouve que plus ma chambre est grande, plus j’accumule de choses. Mais depuis que j’ai fait un grand ménage à la fin de l’été passé, il y a vraiment beaucoup plus d’espace. Maman m’avait forcé à me débarasser de mes bouteilles vides en-dessous de mon lit, et j’ai du mettre dehors ma collection de roches qui était sur mon bureau. J’ai aussi une super belle collection de coquillages sur une de mes tablettes, et même si Morin m’a dit qu’il trouvait ça fif, je les ai gardés quand même (par contre ils sont maintenant dans une boite au sous-sol).
 Mais quand on doit faire le grand ménage à notre arrivée, c’est là que je réalise que notre chalet est encore beaucoup trop grand et qu’il y a trop de pièces, trop d’armoires à nettoyer. Cette année, c’était plus long que d’habitude parce que maman avait encore un peu mal au cœur et prenait souvent des pauses.
Il y a de la poussière et des mouches mortes partout, il faut laver les fenêtres, poser les moustiquaires et enlever les feuilles pognées dans les goutières… Quand je serai grand et riche, c’est sûr que je vais m’acheter une femme de ménage.
Papa nous a mis son disque préféré de Johnny Cash pour nous donner de l’énergie, comme il dit, et il s’est mis à siffler et à chanter tellement fort et mal que ça nous a tous motivé à terminer le ménage le plus rapidement possible.
 Et au moins, je sais qu’après ça, les vraies vacances vont vraiment commencer! 



Demain (jour 2): je retrouve mon ami Fred!!