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Jour 18 : à la pêche aux éperlans (2e partie)

Après le souper, je suis allé rejoindre Ben et Fred qui étaient déjà au bout du quai avec Pitoune. Je suis arrivé avec ma chaise pliante et les deux seaux de sangsues et Pitoune s’est garroché sur son seau comme une mouette sur une frite de McDo. Je pense qu’il avait hâte de commencer à pêcher, et j’ai compris plus tard que Fred et lui avaient fait le pari de « qui allait pêcher le plus d’éperlans ».
Vu que j'ai pas de canne à pêche, Fred m'a prêté celle de son frère Blaise. "Il sait pas que je l’ai prise, sinon il nous arracherait la tête à tous les deux. Fait que, fait juste attention... »
 J'aurais préféré qu'il me prête celle de quelqu'un d'autre. Et toute la soirée j’avais peur qu’il se pointe au bout du quai et me voit avec sa canne à pêche… mais vu qu’il ne sort jamais de chez eux, je suis pas mal correct.
On avait le meilleur endroit selon moi, juste au coin du quai. « Y a moins de courant, les poissons restent un peu pris dans les remous et on est loin du traversier quand il accoste au quai… » dit Fred, qui connait vraiment plein d’affaires, je suis vraiment chanceux de l’avoir comme ami. Et une chance qu'il est arrivé ici plus tôt, parce que le quai s'est rapidement rempli de monde.
Y a M. Gamache (le bras dans le plâtre depuis son aventure chez Mme Léon) qui est un pro de la pêche et qui est venu s’installer pas loin avec un gros fanal pour éclairer le fleuve. Ça a l’air que la lumière à la surface attire les poissons. (Je me demande pourquoi on pêche la nuit d’abord). M. Gamache n’avait pas amené de sangsues pour attraper des éperlans, il préférait utiliser toutes sortes de mouches bizarres et de fausses chenilles en poils fluos. Nos sangsues avaient l’air pas mal moins appétissantes à côté de ça. Gendron ne pêche pas parce qu’il a peur des sangsues et des poissons, mais il est quand même venu nous regarder faire avec son gilet de sauvetage sur le dos.
J’ai pas pêché super souvent dans ma vie. Je suis allé aux États Unis y a deux ans avec mes parents dans un endroit où il y a plein d’espadons, c’est comme des requins gros comme des chaloupes et qui ont un nez en forme d’épée aussi pointue qu’une épingle à couche... Même qu’il y a des espadons tellement gros et forts que ça peut prendre environ 5-6 heures pour les sortir de l’eau… en tout cas, c’est sûr que celui qui avait mordu à mon hameçon était immense parce que ma canne à pêche toute neuve est tombée à l’eau et je l’ai jamais retrouvée.
Cette fois-ci, je prendrai pas de chances : je vais attacher ma canne après un pied de ma chaise pour ne pas la perdre, et du coup, je vais aussi accrocher ma chaise après le roue du truck de Pitoune, comme ça je partirai pas moi avec si ça tire trop fort… tout le monde dit qu’il n’y a pas d’espadons dans le fleuve, mais bon, tout à coup que les éperlans aurait décidé cette année de se reproduire avec les bélugas… (et puis s’il y a quelque chose de plus épeurant qu’un gros espadon, c’est Blaise qui veut t’arracher la tête parce que t’as perdu sa canne à pêche...)
 La soirée a été pas mal longue. Ben est parti tôt parce qu’il avait froid et qu’il trouvait ça plate. La seule fois où il y a eu un peu d’action, c’est quand la calotte de M. Gamache s’était envolée après un coup de vent. Il avait courru pour la rattraper et avait passé la soirée à reprendre son souffle.

 Au début, ça mordait pas fort, fort. C’est Fred qui a été le premier à attraper quelque chose. Un tout petit éperlan pas plus gros qu’une saucisse et qui se tortillait dans le seau à moitié rempli d’eau. En voyant ça, Pitoune a arrêté de boire deux minutes et il a commencé à être plus sérieux, il a baissé la musique country qui jouait dans son pick-up et à regarder sa canne à pêche comme si ça allait aider les poissons à venir s’y accrocher.
« Meugne, gnagnu gnogneu… » dit Pitoune, la gueule remplie de chips au ketchup.
« Qu’est-ce tu veux, Pitoune, tu l’as ou tu l’as pas! » répond Fred, qui arrive toujours à comprendre ce que dit Pitoune.
 « En tout cas, Fred est vraiment meilleur que toi, hein Louis? Toi t’en as pas attrapé un seul! »
 J’avais hâte que la mère de Gendron vienne le chercher. Il commençait déjà à me tomber sur les nerfs. Il ne retourne jamais tout seul chez lui quand il fait noir, il a trop peur des renards depuis que quelqu’un en a supposément vu un sur le sentier-des-cèdres, donc c’est sa mère qui vient le chercher en auto.
« Si t’avais pas ton gilet de sauvetage, je t’accrocherais après mon hameçon, Gendron! » que je lui dis. Mais je lui fais pas peur, il rit tout le temps quand je me fâche après.
 Au bout de 3 heures, j’en avais toujours pas encore attrapé. Je suis vraiment pas chanceux. Mais je pense que mes sangsues sont pas assez bonnes… ou que la canne à pêche de Blaise marche pas super bien.
Faut dire que j’avais pas de spot de lumière dans l’eau pour les attirer, comme Fred. Lui, il arrêtait pas d’en attraper!! … Pitoune allait sûrement perdre son pari, mais il avait pas trop l’air de s’en faire parce qu’il était déjà pas mal saoûl.
Après ça, ça allait un peu mieux pour moi, j’ai réussi à en attraper 3 après que le dernier traversier de la soirée soit parti … j’étais pas mal content!! On dirait les poissons avaient vraiment moins peur de se tenir près du quai ou qu’ils commençaient à avoir vraiment faim. Pitoune aussi avait faim, il a sorti son brûleur et a commencé à faire cuire ses éperlans et à les manger dans des pains à hot-dogs, comme des guedilles.
« meuneu gnigni gnageu? » qu’il me demande.
« Euh, non merci Pitoune… j’ai pas faim. »
"Pitoune t'a demandé si t'étais fatigué, Louis." précise Fred.
En fait oui, j'étais pas mal fatigué... et après avoir regardé Pitoune manger ses guedilles, j’avais comme un peu mal au cœur (surtout que j’avais aussi trop mangé de chips au ketchup.)
 Je voulais rester un peu plus longtemps pour attraper un 4e éperlan, mais je me suis endormi pendant quelques secondes et j’ai failli tomber la face la première dans le seau de sangsues.
  C’était signe qu’il fallait rentrer je pense… j’ai donné mes 3 éperlans à Pitoune, j’ai vidé mon seau de sangsues dans le fleuve et je suis parti me coucher.